Ancrer l’avenir du Canada

Une femme s'exprimant depuis un podium devant un public assis.
L’honorable Rechie Valdez s’exprimant lors de l’événement organisé à l’occasion de la Journée internationale des femmes avec les partenaires de l’écosystème de l’entrepreneuriat féminin

Un nouveau sondage enrichit le rapport 2025 du PCFE et révèle des possibilités de soutiens permettant aux femmes de jouer un rôle innovateur tout en prospérant et en générant des retombées économiques.

Les entrepreneures ne se contentent pas d’apporter leur contribution à l’économie canadienne, elles en constituent un pilier.

C’est le message fort qui se dégage du rapport 2025 sur l’état des lieux de l’entrepreneuriat féminin, publié par le Portail de connaissances pour les femmes en entrepreneuriat (PCFE). La plus récente édition de ce rapport annuel présente des constats à la fois précieux et exploitables, issus d’un vaste sondage mené auprès d’entrepreneures canadiennes, révèle quels soutiens elles utilisent le plus et montre les effets positifs de ces interventions, alors qu’elles font face aux guerres commerciales mondiales et à la hausse des coûts.

Comme l’a souligné la Dre Wendy Cukier, fondatrice du Diversity Institute, directrice académique du PCFE et coauteure du rapport, lors de sa publication :

“ Les femmes entrepreneures sont au cœur de la stratégie de croissance du Canada. Les données démontrent leur empreinte économique, leur résilience et — avec les bons soutiens — leur potentiel transformateur. ”

Les femmes entrepreneures, moteurs essentiels de l’économie

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les entreprises majoritairement détenues par des femmes représentent désormais 20 % de l’ensemble des entreprises canadiennes, contre 17,6 % l’année précédente. Les femmes sont copropriétaires dans 17,2 % des PME. Les petites et moyennes entreprises (PME) majoritairement détenues par des femmes génèrent plus de 90 milliards de dollars par année et emploient près d’un million de Canadiennes et Canadiens. Cependant, la majorité des femmes entrepreneures — plus de 80 % — sont en réalité travailleuses autonomes, puisqu’elles empruntent souvent des parcours différents de ceux des hommes. De plus, les femmes entrepreneures se distinguent par une grande diversité des secteurs dans lesquels elles évoluent. Les stratégies nationales de développement économique, d’autonomie, d’innovation et de durabilité doivent impérativement intégrer les femmes.

Le sondage révèle les soutiens clés qui génèrent des retombées concrètes

Les femmes innovatrices — principalement travailleuses autonomes et dirigeantes d’entreprises constituées — ayant participé au vaste sondage national du PCFE mené entre 2023 et 2025 ont identifié les programmes gouvernementaux qui ont eu le plus grand impact sur la réussite de leur entreprise. L’équipe du PCFE a conçu et mené un sondage d’évaluation auprès des personnes bénéficiaires de services offerts par 35 organismes ayant reçu un financement dans le cadre de la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat (SFE). Au total, 2 265 personnes ont pris part au sondage et, après le nettoyage des données, 883 réponses exploitables ont été retenues aux fins d’analyse.

Les femmes entrepreneures ont indiqué que les soutiens auxquels elles avaient le plus souvent recours comprenaient les services de mentorat et de coaching (62,9 %), la formation en compétences entrepreneuriales (56,5 %), l’élaboration de plans d’affaires (35,8 %) ainsi que le réseautage et les partenariats (35,3 %). Elles ont également fait état de nombreux résultats positifs : près de la moitié (48,9 %) ont intégré de nouveaux secteurs d’activité, 43,3 % ont amélioré leurs processus d’affaires et 16,2 % ont obtenu un nouveau financement.

Parallèlement, les soutiens les moins utilisés — tels que l’aide à l’exportation, l’accès à l’infrastructure, le soutien aux marchés publics et la formation connexe — mettent en évidence des occasions d’accroître encore davantage les retombées.

“ Le Canada a besoin d’une stratégie nationale en matière de compétences et de développement économique qui reconnaisse l’importance cruciale des PME, lesquelles représentent plus de 90 % des emplois du secteur privé et plus particulièrement des femmes entrepreneures. ,” explique la Dre Wendy Cukier. “Compte tenu des guerres commerciales mondiales actuelles, des bouleversements et des possibilités qu’offre l’intelligence artificielle, nous devons agir de façon concertée pour améliorer l’accès au capital, garantir des pratiques d’approvisionnement équitables et favoriser le commerce ainsi que l’adoption de l’IA, afin de transformer l’incertitude en occasion de croissance, au pays comme à l’étranger. ”

Progrès et défis

Ensemble, le rapport et le sondage offrent un portrait nuancé de la situation. Les programmes de la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat (SFE) ont également favorisé l’innovation dans leurs trois volets : 43,3 % des femmes entrepreneures ont amélioré leurs processus d’affaires, tandis que 33,2 % ont introduit des innovations dans leurs produits et services. Les entreprises détenues par des femmes exportent à des taux comparables à ceux des PME détenues par des hommes et devancent ces dernières sur plusieurs marchés autres que les États-Unis, notamment le Royaume-Uni, l’Inde, le Brésil et la Chine. Les femmes entrepreneures sont également plus enclines à adopter des pratiques durables et à se démarquer dans l’utilisation de solutions logicielles de gestion d’entreprise.

Les défis demeurent toutefois importants. En moyenne, les femmes demandent des prêts de moindre valeur et paient des taux d’intérêt plus élevés sur leurs marges de crédit que leurs homologues masculins. Même si les taux d’approbation demeurent relativement élevés, les femmes dépendent encore davantage de leurs économies personnelles et du soutien financier de leur famille pour lancer leur entreprise.

“56% de nos clientes n’auraient pas pu obtenir de prêt en raison de leur cote de crédit, soit parce qu’elles n’en avaient pas, soit parce qu’elle était trop faible, » explique Alison Kirkland, ancienne directrice générale des Women’s Enterprise Organizations of Canada (WEOC), lors d’une table ronde d’expertes tenue en mars 2025 à l’occasion de la présentation du rapport préliminaire (voir encadré). « Nous devons nous assurer que les femmes puissent continuer d’avoir accès au capital, en évaluant la viabilité de l’entreprise et le parcours de la femme qui la dirige. »

Le rapport souligne également les progrès importants réalisés au sein des groupes visés par des mesures d’équité. En 2023, les PME majoritairement détenues par des femmes représentaient 30,4 % des PME appartenant à des personnes autochtones, 38,8 % de celles détenues par des personnes noires et 35,7 % de celles détenues par des personnes LGBTQ2S+ — une preuve que des entrepreneures et entrepreneurs aux profils diversifiés redéfinissent le paysage des affaires au Canada, et que les soutiens aux entreprises doivent évoluer en parallèle pour répondre à ces besoins changeants.

Placer les femmes entrepreneures et les PME au cœur des stratégies économiques, d’infrastructure et de commerce

Pour stimuler la croissance économique et la création d’emplois, le rapport appelle à des mesures soutenues, allant de stratégies macroéconomiques à des programmes ciblés conçus pour aider les femmes à diriger, à concurrencer et à faire croître leurs entreprises au Canada et à l’étranger. Ces mesures comprennent notamment :

  • L’accélération du déploiement d’une infrastructure numérique abordable et de l’adoption de l’intelligence artificielle au sein des micro et petites entreprises.
  • Un meilleur accès au capital et des politiques d’approvisionnement inclusives, soutenus par une forte priorité d’achat canadien (Buy Canadian).
  • Des soutiens au commerce et à des programmes axés sur l’exportation pour aider les entreprises dirigées par des femmes à naviguer dans le monde des financements internationaux et à développer leurs marchés.
  • Le maintien et le renforcement de la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat (SFE), ainsi que l’adhésion au code WE Finance, afin d’améliorer la transparence et la reddition de comptes des institutions financières et des investisseurs.

En plus de la recherche annuelle et des nouveaux résultats du sondage, le rapport 2025 présente des études de cas éclairantes qui offrent un aperçu précieux de l’efficacité des programmes appuyés par la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat (SFE). Parmi ces initiatives, figurent le Programme national de prêts du WEOC, Safi Media et le Forum for Women Entrepreneurs de la Colombie-Britannique, qui proposent chacun des programmes distincts de mentorat, de perfectionnement des compétences et des soutiens intégrés. Coralus se distingue par un modèle unique de financement participatif offrant des prêts sans intérêt et affichant un rendement élevé, de forts taux de remboursement, une création d’emplois soutenue et un impact notable sur les objectifs de développement durable. Un autre programme novateur est le projet Maïa pour une croissance inclusive, lancé en 2024 par le Réseau des Femmes d’affaires du Québec (RFAQ).

“ Nous avons créé le projet Maïa afin de permettre aux femmes d’entrer en relation avec de grandes entreprises et ainsi d’obtenir des contrats, a expliqué Ruth Vachon, directrice du Réseau des Femmes d’affaires du Québec (RFAQ), lors de la table ronde de mars 2025. À l’époque, elle prévoyait que le projet regrouperait 20 000 femmes entrepreneures ; aujourd’hui, il a atteint plus de 40 000 personnes et a mis en relation près de 1 000 entrepreneures avec des entreprises acheteuses.

Le PCFE poursuit son rôle de chef de file en permettant aux femmes de jouer un rôle innovateur, de stimuler l’économie canadienne, de créer des emplois et de favoriser de nouvelles occasions tant au pays que sur les marchés mondiaux. Toutefois, comme le démontrent le rapport 2025 et le vaste sondage mené, des efforts essentiels demeurent à accomplir. Alors que le Canada explore de nouveaux horizons et évolue dans un contexte économique en mutation, les recherches, programmes et initiatives du PCFE, menés en partenariat avec les acteurs de l’écosystème, sont plus indispensables que jamais.

Regard vers l’avenir

Les femmes entrepreneures façonnent l’avenir économique du Canada. Mais pour libérer pleinement leur potentiel transformateur, le Canada doit intensifier les mesures qui fonctionnent déjà : l’adoption du numérique, le financement équitable, l’approvisionnement inclusif et les soutiens au commerce qui rendent la croissance possible, tant au pays qu’à l’étranger

Quatre femmes d'horizons divers posant devant des bannières pour le Centre de connaissances sur l'entrepreneuriat féminin et l'Institut de la diversité.
Le Dr Wendy Cukier, Sabine Soumare, Shannon Pestun et l’honorable Rechie Valdez participant à l’événement consacré à l’entrepreneuriat féminin en mars 2025.

Perspective : les dirigeantes de l’écosystème de l’entrepreneuriat féminin

En mars 2025, un éminent panel d’expertes et d’experts de l’écosystème de l’entrepreneuriat féminin s’est joint à la Dre Wendy Cukier pour le lancement des résultats préliminaires du rapport 2025 sur l’état des lieux de l’entrepreneuriat féminin. Les panélistes ont partagé leurs perspectives éclairées, nourries par les initiatives uniques que leurs organisations mènent dans ce domaine, notamment : 

« Partager ce qui fonctionne, c’est vraiment stimulant. Nous constatons une véritable accélération lorsque les femmes entrepreneures peuvent se réunir en petits groupes, apprendre les unes des autres et amplifier ce qui donne des résultats. » — Vicki Saunders, fondatrice de Coralus (anciennement SheEO)

« Si être entrepreneure était facile, tout le monde le ferait. Je reviens toujours à cette idée : les entreprises achètent ce qui a de la valeur. Peu leur importe la couleur de cette valeur, peu leur importe le genre de la personne qui la porte ; elles recherchent la valeur. Il faut donc être au clair sur ce que l’on apporte et s’assurer que ce que l’on met sur la table est solide, surtout en cette période où les chaînes d’approvisionnement évoluent et où l’on recherche des solutions plus locales. » Cassandra Dorrington, présidente-directrice générale du Canadian Aboriginal and Minority Supplier Council

« Nous vivons un moment critique : nous devons agir maintenant, sinon il sera trop tard. » — Ruth Vachon, directrice du Réseau des Femmes d’affaires du Québec (RFAQ), tirant la sonnette d’alarme quant à l’urgence de soutenir et de faire croître les programmes appuyés par la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat (SFE), notamment le projet Maïa pour une croissance inclusive

« Nous devons faire bouger les choses et exercer une pression sur les responsables politiques pour qu’ils fassent tomber les barrières qui existent au Canada et qui nous empêchent de commercer au sein même de notre pays. » — Alison Kirkland, ancienne directrice générale du Women’s Enterprise Organizations of Canada (WEOC)

« J’aimerais voir un véritable appel à la mobilisation des grandes institutions financières afin qu’elles soutiennent les prêteurs de développement et maintiennent les circuits de financement ouverts. Et qu’on se demande, à mesure que les entreprises évoluent grâce à ces prêteurs de développement, comment les faire passer à des portefeuilles de prêts plus importants pour garder ces fonds actifs et aider encore plus d’entrepreneures. » — Shannon Pestun, Finance Cafe et responsable autochtone au PCFE

« Nous nous sommes vraiment concentrés sur le microcrédit, avec environ 8 millions de dollars en prêts accordés au cours des trois dernières années à des femmes entrepreneures autochtones. Bon nombre d’entre elles sont des travailleuses autonomes, et plusieurs sont à la tête d’entreprises en démarrage. Nous réfléchissons donc à la suite : comment nous assurer qu’elles franchiront le cap des trois ans et qu’elles créeront des entreprises durables ? C’est ce que nous voulons rendre possible. » — Magnolia Perron, National Aboriginal Capital Corporations Association

« Nous devons faire mieux pour nous assurer que l’ensemble des programmes gouvernementaux, à tous les niveaux, intègrent une perspective fondée sur le genre et la diversité dès leur conception. Parce que si vous concevez un programme en exigeant, pour y être admissible, un revenu annuel de 500 000 ou d’un million de dollars, combien de femmes dans la salle y auront réellement accès ? » — Dre Wendy Cukier, fondatrice du Diversity Institute, directrice académique du PCFE et coauteure du rapport 2025 sur l’état des lieux de l’entrepreneuriat féminin

Visitez notre chaîne YouTube pour regarder l’enregistrement de la table ronde.