Élargir les voies de financement pour les femmes entrepreneures

Portrait d’une femme en blazer bleu assise à un bureau, en train d’écrire sur une feuille de papier, avec un ordinateur portatif au premier plan

Bien que le financement adéquat des entreprises détenues par des femmes soit une étape nécessaire à la création d’un écosystème entrepreneurial équitable, des études montrent clairement que les femmes entrepreneures se heurtent à des obstacles au financement aux niveaux sociétal, organisationnel et individuel.

La Conférence sur les femmes en entrepreneuriat 2021, présentée par le Portail de connaissances pour les femmes en entrepreneuriat (PCFE) en collaboration avec Organisations d’entreprises de femmes du Canada (OEFC), a réuni des expertes en financement et des pionnières du domaine afin de discuter des difficultés rencontrées par les femmes entrepreneures qui recherchent des capitaux, ainsi que de repenser les voies de financement en adoptant des modèles créatifs.

Un encadré annonçant la session « Voies de financement » de la Conférence sur les femmes en entrepreneuriat, qui s’est tenue le 11 mars 2021, à 11 h HNE

En début de session, Ellen Farrell, professeure à l’Université Saint Mary’s, a évoqué les résultats édifiants de recherches récentes sur les expériences des femmes entrepreneures qui cherchent un financement. Elle a trouvé des preuves tangibles montrant que les acteurs financiers ne posent pas les mêmes questions et ne demandent pas les mêmes documents aux femmes entrepreneures qu’à leurs homologues masculins. Alors que les questions posées aux hommes sont généralement axées sur l’avancement, ce qui leur permet d’exprimer leurs ambitions, celles posées aux femmes s’articulent davantage sur la prévention et se focalisent sur les obstacles, ce qui les place dès le départ sur la défensive. D’après les résultats d’une étude examinée par Ellen, les entreprises en démarrage qui se sont vu poser des questions de nature préventive ont recueilli 2,3 millions de dollars de fonds, tandis que les fondateurs d’entreprises à qui l’on a posé des questions centrées sur l’avancement ont obtenu en moyenne 16,8 millions de dollars. À cela s’ajoute les présupposés sociaux conduisant de nombreuses femmes entrepreneures à devenir des « emprunteuses découragées » qui ont internalisé les stéréotypes sur l’entrepreneuriat et les préjugés au point de ne même plus chercher de financement.

Ellen est convaincue que le système financier peut et va évoluer. Elle constate que le débat porte de plus en plus sur l’évolution du système, et non des femmes, et qu’on laisse de moins en moins souvent entendre que les femmes devraient ressembler davantage aux hommes. Les éléments à l’appui de cette évolution n’ont jamais été aussi clairs. De nouvelles études montrent que les entreprises en démarrage financées par du capital-risque qui sont dirigées par des femmes, lorsqu’elles bénéficient de fonds suffisants, obtiennent de meilleurs résultats que celles dirigées par des hommes en termes de production de recettes et d’efficacité des investissements. Pourtant, les fonds investis dans les entreprises en démarrage dirigées par des femmes ne représentent qu’une fraction des investissements réalisés dans celles dirigées par des hommes. Les fonds créés pour et par les femmes, comme SheEO, apportent une contribution considérable et appuient le changement de manière remarquable.

Mettre à l’honneur et en vedette les histoires de femmes entrepreneures à la carrière prospère, par le biais d’initiatives comme la base de données S’inspirer. Se réaliser. du PCFE, est une autre manière efficace de faire évoluer le système financier. Ces histoires permettent non seulement de montrer aux acteurs financiers l’incroyable potentiel des femmes entrepreneures, mais aussi d’encourager d’autres femmes et jeunes filles à considérer l’entrepreneuriat comme une voie vers la réussite qui leur est ouverte.

« À elle seule, avec le bon positionnement et les bons appuis, une entrepreneure chanteuse de rock peut devenir un modèle pour des milliers, voire des centaines de milliers, de jeunes filles », a expliqué Ellen.

Enseignements recueillis sur le terrain

« Nous devons repenser radicalement les choses. Cela fait plus de dix ans que les recherches montrent à quel point les femmes entrepreneures utilisent efficacement leur capital », a expliqué Vicki Saunders en ouverture d’un débat constructif animé par Shannon Pestun, conseillère principale du PCFE en matière de services bancaires et financiers.

Une capture d’écran des participantes, Ellen Farrell, Cathay Bennett, Anita Cheng, Amanda Williams, Ejibola Adetokunbo-Taiwo, Vicki Saunders et Shannon Pestun, qui est en train de s’exprimer, avec les logos français et anglais de la Conférence sur les femmes en entrepreneuriat 2021 en regard

Vicki est la fondatrice de SheEO, une communauté mondiale de femmes « d’une générosité absolue », appelées « activatrices », qui soutiennent des entreprises détenues majoritairement par des femmes en apportant leur propre expertise et en offrant des prêts sans intérêt. Depuis son lancement au Canada en 2015, la communauté n’a cessé de croître jusqu’à compter quelque 3 300 activatrices aux quatre coins du pays et à faire des émules aux États-Unis, en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni. « Mon souhait est que nous redéfinissions intégralement le capital-risque au lieu de nous contenter de créer plus de possibilités en la matière pour les femmes et d’essayer de les intégrer dans le paysage actuel », a indiqué Vicki.

Bien que les institutions traditionnelles prennent des mesures en faveur d’un écosystème financier plus inclusif, Anita Cheng, directrice de la mobilisation des membres et des parties prenantes chez Vancity, a reconnu que les progrès sont lents. Elle a toutefois expliqué que le potentiel prometteur des femmes entrepreneures est plus que jamais source d’intérêt et que les acteurs financiers sont de plus en plus nombreux à réaliser que le modèle actuel exclut certains groupes.

La fondatrice de de Sedulous Women Leaders, Ejibola Adetokunbo-Taiwo, a travaillé dans deux des cinq plus grandes banques canadiennes avant de se consacrer au soutien aux femmes entrepreneures. Elle a expliqué avoir quitté le secteur bancaire parce que les personnes qu’elle était amenée à aider dans le cadre de son travail étaient principalement des hommes, mais jamais des femmes issues de la diversité : « Les femmes comme moi, mes sœurs, ne sollicitaient pas mes conseils d’affaires. » Passionnée par les expériences des femmes entrepreneures, en particulier les femmes de couleur et immigrantes, Ejibola s’est fixée pour objectif de promouvoir l’entrepreneuriat inclusif et de partager des services essentiels, des exemples de réussite et des possibilités de financement – comme récemment par le biais du Concours de plaidoirie du Programme Élévation.

Shannon a fait le même type d’expériences pendant sa carrière dans le secteur bancaire. « Le système financier canadien a été créé dans les années 1800, sans aucune prise en compte des femmes, et il ne correspond tout simplement plus au monde dans lequel nous vivons », a-t-elle affirmé.

Créé en partenariat avec le Women’s Enterprise Centre, le programme d’unité des femmes entrepreneures (« Unity Women Entrepreneurs Program ») de Vancity a mis en lumière certaines des pratiques d’exclusion en matière de financement, a expliqué Anita. Bien que le programme ait suscité un vif intérêt lors de son lancement en juin 2020, les demandes ont été moins nombreuses que prévu. Anita et son équipe ont porté une grande attention aux commentaires formulés à l’échelle communautaire et se sont attelées à rendre le programme plus accessible, notamment en simplifiant le processus de candidature et en revoyant les critères d’admissibilité qui exigeaient initialement que les entreprises soient actives depuis au moins deux ans pour être admissibles. Le niveau d’adhésion au programme remanié est pour l’instant prometteur.

« Nous devons mettre au défi les acteurs du système de trouver comment le rendre plus inclusif, et nous intéresser aux communautés défavorisées, qu’il s’agisse des femmes ou des personnes autochtones, noires, de couleur, LGBTQ2S+ et ayant des capacités différentes », a déclaré Anita.

Pour apporter le type de changement systémique qui créera des voies de financement plus inclusives pour les femmes entrepreneures, des efforts doivent être déployés à l’échelle du système. « L’ensemble de l’écosystème doit être mis à contribution pour susciter la croissance et le développement économique dont nous avons besoin », a expliqué Ejibola. Elle a ajouté que les besoins des petites entreprises et des microentreprises doivent être pris en compte dans le cadre de ces efforts, car elles ont un potentiel bien plus important que celui qu’on leur attribue. Il est donc important de reconnaître la nécessité et l’efficacité des microcrédits et des petites subventions. L’intérêt considérable suscité par le Concours de plaidoirie du Programme Élévation, qui a attiré plus de 700 candidatures de femmes entrepreneures noires pour huit prix de 10 000 dollars, en est la preuve.

Amanda Williams, professeure adjointe à l’Université Mount Royal, estime que le secteur financier manifeste la volonté de faire preuve d’innovation et de chercher des solutions différentes. Elle juge essentiel de diffuser les exemples de réussite de programmes novateurs, comme SheEO et le Programme Élévation, car ils mettent en lumière ce qu’il est possible de faire. Pour les acteurs du secteur financier, il est également primordial d’adopter une approche réflexive, a indiqué Amanda, et d’examiner les progrès réalisés en plus de lutter contre les préjugés internes. « Il s’agit de faire attention aux questions que nous posons et aux critères que nous établissons », a expliqué Amanda.

Cathy Bennett, fondatrice et coassociée directrice de Sandpiper Ventures, et ancienne ministre des Finances de Terre-Neuve-et-Labrador, a souligné que ce changement implique notamment qu’un plus grand nombre de femmes occupent des postes de décision, y compris à l’échelle gouvernementale. En tant que ministre des Finances, Cathy a très vite compris que les règlements régissant le système financier, incluant ceux qui sont susceptibles d’exclure les femmes entrepreneures issues de la diversité, peuvent évoluer.

Cathy estime également qu’il est important d’aider les femmes à comprendre qu’elles ont tout intérêt à prendre leurs propres décisions financières, et de leur fournir le soutien dont elles ont besoin pour investir dans d’autres projets portés par des femmes. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui à l’approche d’un important transfert des richesses de la génération du baby-boom, qui devraient atterrir en grande partie entre les mains des femmes. « Si notre société n’est pas capable d’accompagner ces femmes et de les aider à comprendre les possibilités d’utilisation des capitaux qui s’offrent à elles, ce sera une énorme occasion manquée », a affirmé Cathy.

La table ronde s’est achevée sur une note optimiste et stimulante. « Nous sommes vraiment entre deux mondes », a expliqué Vicki. « Cette ancienne façon de faire, ces vieux procédés et ces inégalités qui ont laissé tant de gens sur le bord du chemin sont en voie de disparition. Adieu à l’ancien système et bienvenue au nouveau. »

Regardez le webinaire à la demande pour en savoir plus.

Participez à la Conférence sur les femmes en entrepreneuriat

Le logo de la Conférence sur les femmes en entrepreneuriat 2021, sur fond bleu pâle, avec les logos du PCFE et d’OEFC en regard

La Conférence sur les femmes en entrepreneuriat 2021 revient le 17 mars avec « Progrès et défis au sein de l’écosystème » et s’achève le 25 mars par un premier aperçu des résultats du rapport annuel du PCFE sur l’« État des lieux de l’entrepreneuriat féminin 2021 ».

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