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Femmes bâtisseuses : des femmes entrepreneures dans des secteurs clés

De gauche à droite : Marie St. Gelais, fondatrice et présidente d’Ashini Consultants Engineering ; April Stone, fondatrice et présidente-directrice générale d’Indigenous Stone Corp (APL Protective Services) ; Teara Fraser, fondatrice et présidente-directrice générale d’Iskwew Air ; Sherry Larjani, présidente de Spotlight Development Inc. ; Jennifer Cross, cofondatrice de City BuildHers et directrice du développement régional (Est de l’Ontario) chez Shandos Construction ; et Victoria Lennox, présidente-directrice générale des Women’s Enterprise Organizations of Canada (WEOC).

« Les infrastructures sont ce à quoi on ne pense pas… jusqu’à ce qu’elles cessent de fonctionner. »

En citant le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, Wendy Cukier a utilisé cette phrase simple pour donner le ton à l’événement Women Build Canada du PCFE, tenu à Ottawa. Routes, transports collectifs, logements, aéroports, réseaux numériques : on ne les remarque vraiment que lorsqu’ils défaillent. Il en va de même, a-t-elle suggéré, pour les femmes entrepreneures, longtemps restées invisibles jusqu’à ce que le système montre ses limites, mais indispensables lorsqu’il est temps de le réparer.

En tant que fondatrice du Portail de connaissances pour les femmes en entrepreneuriat (PCFE) et du Diversity Institute, Wendy Cukier dispose de données probantes pour étayer cette affirmation. De nouvelles recherches menées par le PCFE montrent que les femmes sont propriétaires majoritaires de 20 % des petites et moyennes entreprises (PME) et copropriétaires dans 17,2 % supplémentaires, générant plus de 90 milliards de dollars en revenus annuels et employant près d’un million de personnes.

« Les femmes entrepreneures constituent un pilier de l’économie canadienne », a rappelé Wendy Cukier à l’auditoire, en soulignant la croissance soutenue des entreprises à direction féminine, malgré les chocs liés à la pandémie et les écarts persistants en matière de financement. Elles sont également plus susceptibles de miser sur l’innovation, l’impact social et l’inclusion, soit précisément les capacités dont le Canada a besoin alors qu’il s’engage dans d’importants investissements en logement, en croissance propre, en transport et en commerce.

C’est dans ce contexte que s’inscrit Women Build Canada : un forum d’une demi-journée réunissant des femmes entrepreneures et des dirigeantes œuvrant dans des secteurs essentiels — la construction, le développement, l’aviation, la sécurité et l’ingénierie — suivi de consultations et d’activités de représentation liées au budget 2025. L’objectif est de veiller à ce que les PME détenues par des femmes ne soient pas perçues comme un sujet secondaire ou un programme social, mais reconnues comme des partenaires centrales des projets de développement national, au Canada comme à l’international.

« Nous commençons à voir l’application d’une perspective de genre dans les investissements fédéraux, a souligné Wendy Cukier. Mais une perspective ne suffit pas si nous ne suivons pas qui en bénéficie réellement et si les entreprises détenues par des femmes ne sont pas à la table lorsque les ententes sont conclues. »

Par la suite, la modératrice Victoria Lennox, présidente-directrice générale des Organisations d’entreprises de femmes du Canada (OEFC), est montée sur scène pour animer le panel 1 : Secteurs essentiels et présenter cinq entrepreneures qui contribuent déjà à transformer les infrastructures du Canada, souvent contre toute attente.

« Les femmes discrètes font rarement l’histoire », a déclaré Victoria Lennox en présentant les cinq entrepreneures participantes au panel : Jennifer Cross, cofondatrice de City BuildHers et directrice du développement régional (Est de l’Ontario) chez Shandos Construction ; Sherry Larjani, présidente de Spotlight Development Inc. ; Teara Fraser, fondatrice et présidente-directrice générale d’Iskwew Air ; April Stone, fondatrice et présidente-directrice générale d’Indigenous Stone Corp (APL Protective Services) ; et Marie St. Gelais, fondatrice et présidente d’Ashini Consultants Engineering. 

Victoria Lennox a insisté sur l’importance que les femmes soient présentes à la table et sur la nécessité d’une reddition de comptes. « Nous avons besoin de mesures concrètes, d’indicateurs clés de rendement, pour nous assurer que les femmes participent réellement », a-t-elle affirmé. Lorsque des programmes appliquent une perspective de genre sans suivre qui en bénéficie, « ça ne suffit absolument pas ».

Des parcours différents, un même combat pour « construire la table »

« Ma carrière a davantage ressemblé à un parcours d’obstacles qu’à une échelle », a lancé Jennifer Cross en plaisantant. Elle est passée des sciences politiques au design d’intérieur, puis à la construction commerciale pendant la pandémie.

S’imposer dans un secteur où « nos villes sont imaginées, financées et construites par des hommes » a été tout sauf simple. « Il est difficile d’obtenir ne serait-ce qu’un premier emploi », a-t-elle souligné, en expliquant comment la culture des chantiers influence les pratiques d’embauche et comment elle a constaté qu’un réseau amical ne se traduit pas toujours en occasions d’affaires.

À la suite de la publication d’un article dans l’Ottawa Business Journal, qui a permis de rejoindre des femmes déjà actives dans le secteur de la construction, Jennifer Cross a réalisé qu’« il existe toute une culture ici, mais que personne n’y a encore vraiment braqué les projecteurs ». Elle a alors cofondé City BuildHers, un réseau qui met en lien des femmes œuvrant en construction, en ingénierie, en architecture, en urbanisme, en développement et en élaboration de politiques, afin que toutes les femmes à la table puissent échanger sur la manière dont elles contribuent à façonner le développement des villes, et sur les raisons qui les y amènent.

« Nos villes sont imaginées, financées et construites par des hommes ; nous ne sommes donc pas à la table. Comment pouvons-nous nous attendre à ce que nos villes reflètent nos besoins, nos aspirations et notre sécurité si nous n’y sommes pas ? Ce n’est plus une case à cocher. Ce sont les voix qui comptent. »

Pour Sherry Larjani, le combat a commencé à la maison. Élevée dans une culture où « être médecin ou avocate, surtout médecin, est acceptable », elle s’est docilement inscrite en biologie. Après avoir échoué à tous ses cours, « je suis devenue une experte en jeux de cartes », a-t-elle raconté. Son père lui a alors accordé six mois pour se réorienter et poursuivre autre chose.

Elle a enchaîné les cours de physique en soirée et des cours d’art, s’est surprise elle-même en étant admise dans un programme combiné d’architecture et de génie civil, puis a décroché un emploi éprouvant qu’elle a décrit comme celui d’« un singe de la CAO ».

Après un petit investissement immobilier, un casque de chantier rose et beaucoup de ténacité, Sherry Larjani est devenue constructrice, puis promotrice. L’accueil sur les chantiers ? « Ils ne pensaient pas que j’avais ma place sur un chantier », se souvient-elle. « J’étais la ramasseuse de déchets, celle qui apportait de la bière et de la nourriture pour soudoyer les gars afin que le travail avance. »

Elle a fini par réunir des partenaires pour créer la première équipe de développement entièrement féminine de Toronto, qui a mené à bien le projet Raya, un nom judicieusement choisi puisqu’il signifie « reine ».

Son objectif actuel est profondément pragmatique : le logement abordable à grande échelle. Sur un site de 1,4 million de pieds carrés, elle a conçu une communauté de 1 800 unités, avec des garderies 24 heures sur 24, des centres médicaux et des formations pour métiers spécialisés, en réservant des unités pour les communautés autochtones et noires. Elle a financé le projet avec ses propres capitaux, les fonds familiaux et des investisseurs privés, puis a « frappé à toutes les portes » pour obtenir le soutien du gouvernement.

« Je ne suis qu’une seule personne. Ensemble, nos voix n’en forment qu’une seule. Il faut que davantage de voix se fassent entendre pour dire que des changements fondamentaux s’imposent et que les personnes en position d’autorité doivent réellement écouter. »

Trois femmes autochtones assises sur scène et prenant la parole lors d'une table ronde dans le cadre d'un événement.
De gauche à droite : Marie St. Gelais, fondatrice et présidente d’Ashini Consultants Engineering ; April Stone, fondatrice et présidente-directrice générale d’Indigenous Stone Corp (APL Protective Services) ; et Teara Fraser, fondatrice et présidente-directrice générale d’Iskwew Air, qui partagent leurs parcours professionnels et les défis rencontrés en cours de route.

Lorsque Teara Fraser a pris place pour la première fois à bord d’un petit avion, elle était une mère monoparentale de 30 ans, avec une scolarité de 10e année, sans accès au financement et sans contacts dans le milieu de l’aviation.

« Ça a complètement changé ma vie », a-t-elle raconté. « En descendant de l’avion, je me suis dit : “Je veux le travail de ce gars-là.” » Deux semaines plus tard, après un saut en parachute, sa décision était prise. « Peu importe ce que ça prendra. Je vais piloter des avions. »

En l’espace d’un an, elle a obtenu son permis de pilote commerciale. Elle est ensuite devenue la première femme autochtone au Canada à fonder une compagnie aérienne, en créant Iskwew Air — iskwew étant un mot provenant de la langue crie qui signifie « femme ». Ce nom, a-t-elle expliqué, constitue un acte délibéré de réappropriation de la féminité, des fonctions de dirigeants matriarcales, de la langue et du mot lui-même.

Élevée au milieu des avions, sa propre petite-fille lui a récemment dit : « Pam-Pam, seuls les garçons peuvent être des pilotes. »

« C’est pour cette raison que tout cela compte », a affirmé Teara Fraser. « Je veux qu’elle sache qu’elle a sa place partout où elle rêve d’être. » Elle a également invité le public à considérer l’aviation comme une infrastructure, et non comme un luxe. « Les gens pensent aux cocktails avec un petit parasol », a-t-elle dit. « Mais c’est ainsi que les biens et les services circulent. C’est littéralement une ligne de vie pour les communautés autochtones éloignées… Notre pays ne peut pas prospérer sans un système d’infrastructures aériennes solide et dynamique. »

Selon elle, le modèle canadien de financement fondé sur le principe de l’utilisateur-payeur traite l’aviation comme une source de revenus, ce qui fait augmenter le prix des billets et prive les transporteurs régionaux des investissements nécessaires pour se remettre de la pandémie et desservir les communautés éloignées.

Originaire du territoire du Traité no 6, en Alberta, April Stone a fondé Indigenous Stone Corp, une entreprise diversifiée dont les services comprennent une division de sécurité pleinement certifiée, APL Protective Services.

April Stone a quitté une grande entreprise après avoir constaté que des employées et employés autochtones étaient recrutés pour atteindre des cibles, puis laissés sans suivi ni accompagnement.

« Les personnes ne sont pas des chiffres », a-t-elle souligné. « Des entreprises disent : “J’ai 10 % de contenu autochtone, 15 % de femmes. J’ai atteint les cibles”, puis elles passent à autre chose. Moi, je suis de l’autre côté pour dire : “Non, il faut poursuivre l’effort.” »

Elle a également parlé sans détour des stéréotypes et de la double contrainte à laquelle font face les femmes autochtones. « Tu es une femme autochtone, tu devrais être travailleuse sociale, c’est ce qu’on a dit à ma fille. Tout devrait être accessible à tout le monde. »

L’accès au capital a constitué un autre obstacle majeur. April Stone a occupé trois emplois pour générer des flux de trésorerie, ne voulant pas renoncer à son salaire sans avoir d’économies, pour ensuite dépasser l’âge d’admissibilité à certains programmes et voir son parcours minimisé.

Lorsqu’elle soumissionne pour des contrats de défense et de sécurité d’envergure, on lui reproche souvent de manquer de « longévité » comparativement à des entreprises établies détenues par des hommes, même lorsque son bilan en matière de sécurité et son expérience sont équivalents.

« Les femmes doivent se tenir ensemble. C’est le plus grand défi auquel nous faisons face », a-t-elle déclaré. « Et le gouvernement doit revoir la façon dont il ouvre ces portes.

Ingénieure civile, Marie St. Gelais a grandi dans une communauté autochtone sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, au Québec. Elle a d’abord choisi le génie parce que son père lui a simplement dit de « choisir quelque chose qui te permettra d’aller dehors ».

Avec le temps, elle a réalisé que le génie est au cœur de l’autodétermination des communautés. « Nos communautés n’ont pas le contrôle sur la construction de leurs propres infrastructures », a-t-elle affirmé.

Elle a donc fondé Ashini Consultants Engineering, une entreprise détenue par des Autochtones, nommée en l’honneur de son arrière-grand-mère, Maria Ashini. Son équipe conçoit des bâtiments et des infrastructures communautaires avec les communautés, en intégrant volontairement des voix diverses au processus de conception et en faisant le pont entre de grands projets, notamment des pipelines, des chemins de fer, exploitation minière, et les terres et les peuples qu’ils affectent.

« Nous avons besoin de voix techniques autochtones dans ces projets », a-t-elle insisté. « Nous voulons intégrer les savoirs traditionnels afin de concevoir de meilleurs projets, non seulement pour les communautés autochtones, mais pour l’ensemble de la société. »

La crédibilité a toutefois constitué un obstacle. « Pour beaucoup de gens, “entreprise de génie autochtone”, ça ne va pas ensemble », a-t-elle expliqué. « J’ai dû bâtir cette crédibilité sur plusieurs années. »

« Le gouvernement fédéral évoque des opportunités », a-t-elle ajouté. « Mais si nous voulons de véritables opportunités, il faut cesser de faire porter la responsabilité aux entrepreneurs de premier rang. Le gouvernement doit adapter ses propres critères et montrer l’exemple. »

Women Building Canada 

La dernière question a porté sur le budget fédéral et les investissements records annoncés dans le logement, le transport, le climat et d’autres infrastructures essentielles.

Jennifer Cross a soutenu qu’une grande partie de ces fonds transiteront par des initiatives collaboratives, comme des consortiums réunissant architectes, ingénieures et ingénieurs, ainsi que des entrepreneurs. « Si nous, les femmes, ne sommes pas à ces tables, nous n’aurons pas accès à ces financements », a-t-elle affirmé. « Même au sein de nos propres entreprises, si nous ne sommes pas suffisamment intégrées, d’autres s’empareront de ces projets. »

Teara Fraser a invité les décideuses et décideurs à traiter l’aviation tout comme les routes et les hôpitaux, en la reconnaissant comme une infrastructure essentielle qui soutient le commerce, les soins de santé et la réconciliation avec les communautés éloignées.

April Stone a plaidé pour des réformes des politiques d’approvisionnement afin de mettre fin au recours systématique à des entreprises du « vieux réseau de boys’ club » et de reconnaître la valeur ainsi que les bilans de sécurité des entreprises de sécurité détenues par des femmes et des Autochtones.

Marie St. Gelais a souligné que de véritables opportunités exigent un leadership fédéral en matière de diversité des fournisseurs, et non de simples attentes voulant que les entrepreneurs principaux « fassent ce qu’il faut ».

Victoria Lennox a conclu en reliant ces différents constats aux efforts de représentation continus de l’OEFC et du PCFE :

« Nous avons une occasion, avec ces secteurs essentiels, de travailler ensemble et de fournir des commentaires au gouvernement afin que les contrats de premier rang, notamment ceux qui concentrent la majorité des dépenses, soient assortis de plans clairs, de mesures transparentes et de mécanismes de reddition de comptes. Tout le monde devrait bénéficier de ces investissements majeurs financés par les fonds des contribuables. »

Comme l’a souligné M. Cukier, coprésidente de PCFE, « les femmes entrepreneures sont au cœur de la stratégie de croissance du Canada. Leur empreinte est importante, leur résilience est éprouvée et leur potentiel, s’il est pleinement soutenu, est transformateur. Le Canada investit dans la prochaine génération d’infrastructures. Veiller à ce que les femmes y participent pleinement, en particulier dans les secteurs sous-représentés, constitue un impératif économique. »

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