Les investissements prévus dans le Budget de 2025 du gouvernement du Canada, dans le cadre de l’initiative Build Canada Better, en matière de projets majeurs, de diversification du commerce et de secteurs stratégiques représentent des occasions importantes pour les petites et moyennes entreprises (PME) dirigées par des femmes. Toutefois, les dirigeantes et dirigeants de l’écosystème entrepreneurial devront poursuivre leurs efforts de représentation avec vigueur afin de garantir que ces entreprises puissent réellement tirer parti de ce moment potentiellement transformateur pour le développement économique du Canada.
Lors de son allocution à l’événement “ Women Build Canada : Favoriser la réussite dans des secteurs stratégiques ”, organisé en novembre par le Portail de connaissances pour les femmes en entrepreneuriat (PCFE) et le Diversity Institute au Rideau Club d’Ottawa, la fondatrice et directrice académique, la Dre Wendy Cukier, a souligné que, sans stratégies intentionnelles et cibles mesurables, les entreprises dirigées par des femmes risquent d’être écartées au moment où ces importants investissements fédéraux seront déployés.
“ Il faut concentrer les efforts sur l’intégration des entreprises dirigées par des femmes aux chaînes d’approvisionnement de ces nouveaux projets ”, a-t-elle expliqué lors d’une discussion informelle animée avec l’honorable Rechie Valdez, ministre des Femmes et de l’Égalité des genres et secrétaire d’État à la Petite entreprise et au Tourisme du Canada. Leur échange a suivi la présentation, par la ministre Valdez, des faits saillants du Budget de 2025 devant un auditoire composé de femmes entrepreneures, de dirigeantes influentes du milieu des affaires et de partenaires de l’écosystème.
“ Comme une petite ou moyenne entreprise appartenant à des femmes a peu de chances de rivaliser pour un projet de pont de 3 milliards de dollars, ou pour d’autres investissements d’infrastructure de cette ampleur, certaines des meilleures opportunités se trouveront plutôt dans les rôles de fournisseurs auprès des grandes entreprises et des partenaires responsables de la construction et de la réalisation de ces projets. ”
À la suite de cette conversation au coin du feu, la Dre Cukier a présenté d’autres éclairages issus de l’analyse fondée sur le genre réalisée par le PCFE au sujet des initiatives Build Canada Strong, décrivant le paysage actuel de l’entrepreneuriat féminin au Canada et examinant des secteurs précis liés aux domaines mis de l’avant dans le budget.
Par exemple:
- 3 % des entreprises en technologies propres sont majoritairement détenues ou gérées par des femmes, alors que 18 % des entreprises en phase de recherche et développement sont dirigées par des femmes. Les jeunes pousses du secteur vert dirigées par des femmes affichent des rendements sur investissement supérieurs à ceux des jeunes pousses dirigées par des hommes.
- Dans les entreprises à double vocation — celles qui servent à la fois les marchés de la défense et les marchés civils — la représentation des femmes est en croissance. Toutefois, pour bénéficier des politiques d’approvisionnement de défense « Achetez canadien », il faut savoir naviguer dans les relations avec les entrepreneurs principaux et surmonter des mécanismes d’approvisionnement souvent opaques.
- Les entreprises de construction dirigées par des femmes demeurent une faible proportion du secteur, mais leur représentation a augmenté de façon marquée — passant de 3,9 % en 2017 à 7,8 % en 2024.
- La propriété majoritaire ou la gestion par des femmes dans les secteurs professionnels, scientifiques et techniques est passée de 14,9 % en 2017 à 22 % en 2023.
- Le Canada est en tête au niveau mondial en matière de diversité des genres dans le domaine de l’IA, avec une augmentation de 67 % du nombre de femmes travaillant dans ce secteur entre 2022 et 2023, soit la plus forte augmentation au monde. L’écart entre les genres dans le domaine de l’IA est moins important au Canada que dans d’autres technologies : 47 % des femmes connaissent les programmes d’IA, contre 53 % des hommes.
La Dre Cukier a souligné que les engagements du gouvernement visant à aider les PME à accéder aux politiques d’approvisionnement « Achetez canadien » et à des opportunités d’exportation diversifiées constituent des signaux encourageants pour les entreprises dirigées par des femmes.
“ Au cours des dernières années, une grande partie des efforts a porté sur l’accès au financement, l’accès aux prêts et l’accès aux investisseurs — des éléments qui demeurent tous très importants. Mais l’accès aux clients est tout aussi transformateur. Appliquer une perspective fondée sur le genre et la diversité à l’approvisionnement est essentiel, particulièrement à un moment où d’importants investissements publics sont prévus. Il existe des opportunités en tant que fournisseurs de niveau 1, mais aussi de niveau 2, et nous voulons nous assurer que les grands projets accordent la priorité aux retombées pour les collectivités dans le cadre des négociations, surtout dans le Nord.
Montrant qu’une perspective intersectionnelle et inclusive doit être intégrée à l’ensemble de l’approche pangouvernementale associée à l’initiative Build Canada Strong, la Dre Cukier a particulièrement mis en lumière l’impact économique majeur des personnes entrepreneures immigrantes, notamment les femmes :
- Les entreprises appartenant à des femmes ont comblé l’écart entre les genres et sont tout aussi susceptibles d’exporter que les entreprises dirigées par des hommes.
- En 2023, 20 % des PME appartenant à des personnes immigrantes ont exporté, comparativement à 12,9 % des entreprises appartenant à des personnes non immigrantes et à 15,1 % de l’ensemble des PME.
- Elles sont plus susceptibles d’exporter vers des marchés autres que les États-Unis que les PME dirigées par des personnes nées au Canada (76,1 % contre 88,2 %, qui se concentrent principalement sur le marché américain).
- Les femmes sont surreprésentées au sein de nombreux groupes d’entrepreneuriat issus de diverses communautés ethniques, comparativement aux femmes dans la population générale.
“ Les personnes immigrantes sont la force secrète du Canada : nous sommes un pays ouvert sur le monde ; nous avons une main-d’œuvre mondiale ; nous avons des personnes entrepreneures dont la portée est internationale. C’est un capital géopolitique et un potentiel d’accélération des exportations. ”
La Dre Cukier a également salué l’importance accordée, dans le Budget de 2025, à la transformation numérique et à l’adoption de l’intelligence artificielle. Elle a souligné la nécessité de résoudre le paradoxe canadien en matière d’IA : le Canada est reconnu mondialement comme un chef de file dans le développement des technologies d’IA, mais demeure en retard lorsqu’il s’agit de les adopter. Permettre aux PME de combler cet écart d’adoption représente une occasion majeure pour stimuler la croissance et renforcer l’impact économique.
“ Quatre-vingt-dix pour cent des emplois du secteur privé reposent sur les PME, mais les plus petites entreprises sont tellement sollicitées qu’elles n’ont pas toujours le temps, les ressources, le capital supplémentaire, ni les compétences nécessaires pour tirer parti de cette technologie. ”
Les recherches montrent que 65 % des PME qui utilisent l’IA générative constatent une amélioration du rendement de leur personnel. On estime qu’une adoption plus large pourrait permettre aux personnes employées dans les PME d’économiser en moyenne 125 heures par année, et générer jusqu’à 100 milliards de dollars de valeur annuellement. Ces gains, a-t-elle soutenu, dépendent de la capacité à outiller les personnes entrepreneures et leurs employées et employés des compétences nécessaires pour utiliser l’IA de manière responsable et efficace.
Garantir que les entreprises dirigées par des femmes puissent accéder à l’ensemble des opportunités offertes par les initiatives Build Canada Strong exigera un effort concerté entre le gouvernement, l’industrie et l’écosystème entrepreneurial. L’innovation inclusive doit être intégrée dès la conception des programmes et tout au long de leur évaluation, a conclu la Dre Cukier.
“ Ce que nous cherchons réellement à accomplir, c’est d’intégrer une perspective fondée sur le genre à l’ensemble de l’écosystème. Cela signifie que pour chaque politique et pour chaque programme, il faut se poser la question : “Quel est l’impact pour les femmes entrepreneures ?”, qu’il s’agisse de l’IA, des investissements en science et technologie, des investissements en R-D ou encore des politiques fiscales. ”