Le 19 novembre, des leaders de l’écosystème et des entrepreneurs du Canada se sont réunis à l’occasion d’un dialogue national postbudgétaire intitulé « Les femmes, moteur de la prospérité du Canada ». Organisée par Organisations d’entreprises de femmes du Canada (OEFC), cette séance d’information virtuelle consacrée au Budget de 2025 du gouvernement du Canada a donné lieu à un large débat avec des représentantes et représentants nationaux et régionaux, dont la responsable du PCFE pour le Québec et le marché francophone, Tania Saba.
Victoria Lennox, directrice générale d’OEFC, a ouvert son intervention par une analyse du Budget de 2025 suivant trois grands axes :
« Les femmes auront-elles accès à ces possibilités? Les mesures envisagées pour concrétiser ces possibilités et en faire réellement profiter le Canada seront-elles cohérentes dans l’ensemble de l’écosystème? Comment garantir la responsabilisation afin d’éviter tout recul? »
Mme Lennox a estimé que les entreprises dirigées par des femmes pourraient tirer parti des possibilités offertes par le budget « Bâtir un Canada fort » dans les domaines de l’approvisionnement, de l’exportation, de l’énergie propre, des infrastructures et de la chaîne d’approvisionnement, mais elle a prévenu que l’abandon de toute politique de soutien direct aux programmes d’entrepreneuriat féminin risque d’entraîner divers problèmes, notamment une visibilité inégale de ces possibilités, des disparités régionales en matière de mise en œuvre, une préparation lacunaire en matière d’approvisionnement, de commerce et de transformation numérique, et un suivi insuffisant de la participation des femmes, faute d’indicateurs tenant compte des questions de genre.
Mme Lennox a présenté des recommandations clés à l’intention du gouvernement, des partenaires des différentes régions et de l’écosystème et des entrepreneures, afin que les entreprises féminines puissent saisir les possibilités de croissance liées au budget.
S’est ensuite tenue une table ronde internationale, animée par Theresa Corazon Laurico, fondatrice de 11ove Inc. et de RISE, à laquelle ont participé :
- Tania Saba, titulaire de la Chaire BMO en diversité et gouvernance à l’Université de Montréal et responsable du PCFE pour le Québec et la communauté francophone;
- Bobbie Racette, fondatrice et directrice générale de Virtual Gurus, présidente de la l’Indigenous Prosperity Foundation et présidente de QueerTech;
- Shauna Harper, directrice générale de WeBC et présidente du conseil d’administration d’OEFC.
Mme Saba a tout d’abord présenté des informations clés tirées des études nationales approfondies du PCFE, notamment de son rapport 2025 sur l’état de l’entrepreneuriat féminin au Canada, qui montre que les femmes entrepreneures injectent plus de 90 milliards de dollars dans l’activité économique et créent plus de 865 000 emplois, mais qu’elles demeurent sous-représentées dans les possibilités liées à l’approvisionnement au Canada.
Comme l’a souligné Mme Saba, les femmes sont de plus en plus nombreuses à évoluer dans les secteurs de la fabrication, de la construction, de l’agriculture et de l’exploitation des ressources naturelles. La part des petites et moyennes entreprises détenues majoritairement par des femmes est passée de 15,6 p. 100 en 2017 à 20,9 p. 100 en 2024. Les femmes entrepreneures sont également plus instruites : 26,6 p. 100 des PME dirigées par une personne titulaire d’une maîtrise ou d’un diplôme supérieur sont détenues majoritairement par des femmes, contre 17,3 p. 100 en 2017. Cette tendance témoigne d’un accroissement de l’influence économique des femmes et d’une évolution progressive du profil des dirigeantes dans le secteur des petites entreprises canadiennes.
Les intervenantes ont exprimé leurs inquiétudes quant au fait que le budget présuppose que les femmes peuvent facilement recourir aux leviers de productivité (capital, approvisionnement, innovation, etc.), alors qu’elles se heurtent en fait à des obstacles systémiques persistants, notamment dans le cas des femmes noires, autochtones ou 2SLGBTQ+ et d’autres femmes ayant droit à l’équité. Ont été évoquées à plusieurs reprises les difficultés rencontrées en ce qui concerne l’accès à des capitaux, les chaînes d’approvisionnement et le développement de compétences dans les domaines de l’exportation, de l’approvisionnement et du numérique.
Bobbie Racette, basée à Calgary, a relaté comment elle avait réussi à obtenir des investissements quelques jours seulement après la conclusion réussie d’une importante opération de sortie pour Virtual Gurus :
« L’investissement en capital demeure étroitement lié aux dirigeants traditionnels et aux réseaux de relations », a-t-elle indiqué. « Les investisseurs font confiance à ce qu’ils connaissent déjà et peuvent hésiter à s’engager auprès de personnes différentes d’eux. »
Elle a souligné qu’un accompagnement global et des services d’orientation étaient importants pour surmonter les obstacles à l’accès aux possibilités, aux investisseurs et aux réseaux, en particulier pour les entrepreneures situées en dehors des centres traditionnels de pouvoir et de capital que sont Ottawa et Toronto.
La directrice générale de WeBC, Shauna Harper, a insisté sur la nécessité d’adopter des stratégies intentionnelles :
« Il est essentiel de mettre en place des quotas ou de fixer des objectifs précis pour établir des politiques d’approvisionnement inclusives et favoriser la diversité des fournisseurs », a-t-elle déclaré. D’autres mesures peuvent être envisagées pour stimuler la croissance des entreprises dirigées par des femmes, notamment : « la certification des fournisseurs en matière de diversité; des campagnes de sensibilisation ciblées auprès des entreprises dirigées par des femmes dans les secteurs de la défense et des infrastructures; l’adoption de processus décisionnels transparents; et des efforts délibérés destinés à faciliter l’accès aux marchés nationaux et internationaux. »
« Nous avons là une occasion unique de transformer la participation », a affirmé Mme Harper, « à condition toutefois que les femmes bénéficient d’un accès équitable dans toutes les provinces et qu’elles parlent d’une voix forte et commune en prenant appui sur des données nationales. »
En ce qui concerne le commerce, Mme Saba a souligné que les entreprises dirigées par des femmes représentaient moins de 5 p. 100 de la valeur des exportations, mais qu’elles exportaient à égalité avec les entreprises dirigées par des hommes :
« Nous devons reconnaître et renforcer l’accès aux mesures de soutien à l’exportation et accroître l’accès à des capitaux servant à la conquête de nouveaux marchés. Nous pouvons combler l’écart non seulement en invitant les PME dirigées par des femmes à se mobiliser, mais aussi en créant des missions commerciales dirigées par des femmes, en organisant des formations à l’exportation et en investissant dans des plateformes spécialisées. »
« Là encore, si aucun objectif clair et mesurable en matière d’égalité des genres n’est fixé dans le cadre des programmes d’exportation, la situation risque de ne pas changer véritablement. »
Ce constat s’inscrit dans la lignée de l’appel lancé par OEFC en vue de l’établissement d’un tableau de bord national comprenant des indicateurs de rendement clés communs, des données ventilées par genre et des mesures de suivi transparentes. Mme Saba a indiqué que le suivi des données relatives aux écarts persistants en matière de croissance des revenus, d’accès aux capitaux et de taux de développement peut orienter la mise en place de mesures ciblées et que des indicateurs plus larges (contrats signés, accès aux exportations, préparation au numérique, etc.) permettraient de mieux appréhender les résultats et les retombées.
Dans un message vidéo, la fondatrice et directrice des études du PCFE, Mme Cukier, a réaffirmé la nécessité d’intégrer les questions de genre et de diversité dans les investissements et les politiques budgétaires :
« Nous pensons que les bonnes politiques et les bons programmes reposent sur des études de qualité et sur une action coordonnée, et nous avons mis en place un réseau national pour avoir accès aux données et aux éléments d’information les plus récents sur ce qui fonctionne », a-t-elle expliqué.
« Nos recherches démontrent que les femmes entrepreneures ne se contentent pas de contribuer à l’économie canadienne : elles en sont l’un des piliers. » Elle a parlé des lacunes qu’il fallait combler à mesure que les entreprises développent les échanges commerciaux au-delà des États-Unis et soutiennent des projets d’infrastructure nationaux.
« Un leadership inclusif stimule la productivité, favorise l’innovation et renforce notre économie. »
Victoria Lennox (OEFC) a rappelé aux participants que des changements durables supposent une collaboration étroite entre le gouvernement, l’industrie et l’écosystème de l’entrepreneuriat. D’après elle, le Budget de 2025 marque un tournant structurel et, à cet égard, les réseaux nationaux sont plus essentiels que jamais pour permettre aux entreprises dirigées par des femmes de croître, de prendre de l’ampleur et de bâtir une économie plus forte, plus inclusive et plus résiliente pour l’ensemble des Canadiens et des Canadiennes.
« Il s’agit d’une formidable opportunité pour tout cet écosystème. Nous devons faire preuve d’unité, nous mobiliser autour d’une vision commune, recentrer notre mission, investir dans les compétences et les connaissances, et continuer à nous faire entendre. »