Le Groupe des vingt (G20) s’affirme comme l’instance prééminente de concertation consacrée à la coopération économique internationale. Réunissant dix-neuf pays ainsi que deux unions régionales, ce groupe représente environ 85 p. 100 du PIB mondial, 75 p. 100 du commerce international et les deux tiers de la population du globe. Cette année, le sommet s’est tenu sous l’égide de la présidence sud-africaine. La Déclaration des dirigeants du G20 de 2025, publiée le 22 novembre 2025, relaie plusieurs revendications fondamentales portées par le Women20 (W20) au cours de l’année, réitérant un message essentiel : l’entrepreneuriat féminin constitue un puissant moteur de la prospérité économique mondiale.
Cette année, Mme Tania Saba, titulaire de la Chaire BMO en diversité et gouvernance à l’Université de Montréal, a dirigé la délégation canadienne lors du Sommet du W20 en Afrique du Sud, qui s’est tenu à Johannesburg du 12 au 14 octobre 2025. La délégation comptait également dans ses rangs Me Tamara Thermitus, boursière Boulton senior à l’Université McGill (2023-2025). Nous nous réjouissons de constater que les retombées de ces efforts soutenus, conjuguées à un travail bilatéral rigoureux avec divers pays, se manifestent dans la récente Déclaration des dirigeants du G20, dont le Canada est signataire.
« Une fois de plus, l’entrepreneuriat féminin s’inscrit fermement au cœur des priorités du G20 en matière de développement économique mondial. Cette année, les dirigeants ont manifesté un soutien sans précédent à cette cause », souligne Mme Saba. « La Déclaration de 2025 appuie explicitement des réformes visant à garantir aux femmes un accès intégral et équitable aux capitaux ainsi qu’aux marchés. Elle vise à renforcer les coopératives et les entreprises dirigées par des femmes et, pour la première fois, établit une corrélation directe entre ces leviers et l’accroissement des investissements dans l’économie des soins. Le texte exhorte en outre à pérenniser l’engagement envers l’Initiative de financement en faveur des femmes entrepreneures (We-Fi), témoignant d’une reconnaissance accrue de son rôle pivot dans l’accès aux ressources financières pour les micro, petites et moyennes entreprises détenues par des femmes à travers le monde, notamment grâce à une valorisation accrue de l’action de la We-Fi », a affirmé Mme Saba. La We-Fi s’articule comme une alliance stratégique regroupant 14 gouvernements et huit banques multilatérales de développement. Hébergée par la Banque mondiale, elle accompagne les femmes dans l’essor de leurs entreprises, stimulant ainsi la création d’emplois et la cohésion sociale au sein des communautés.
De nombreuses priorités du W20 sont ainsi portées par le texte final. Les dirigeants se sont engagés à réduire de 25 p. 100 d’ici 2030 l’écart de participation des femmes au marché du travail, et de 15 p. 100 d’ici 2035 l’écart salarial non corrigé. Ils ont également promis « d’augmenter significativement les investissements et la protection sociale dans l’économie des soins », tout en s’engageant à garantir aux femmes « un accès intégral et équitable aux ressources économiques, ainsi qu’aux services financiers et aux marchés, afin de soutenir l’entrepreneuriat féminin ainsi que les coopératives et entreprises dirigées par des femmes ».
Me Thermitus, qui a pris part aux assises sud-africaines, a insisté sur la portée tangible des travaux du W20 : « Les recherches indiquent que sur les 220 recommandations formulées par le W20 entre 2015 et 2024, 74 ont été intégrées aux déclarations du G20. Il est manifeste que la voix du W20 est entendue et que les contributions du Canada influencent durablement l’économie mondiale. »
Avocate et spécialiste de la théorie critique de la race dont l’autorité a marqué les négociations de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens ainsi que de l’entente de vérité et réconciliation, Me Thermitus a par ailleurs observé que, bien qu’absent du communiqué du Sommet du W20 qui s’est déroulé en Afrique du Sud en 2025, le concept d’« intersectionnalité » en irrigue la substance. « En s’inspirant de la philosophie Ubuntu et en ciblant des “domaines transversaux”, le communiqué démontre l’interdépendance entre l’entrepreneuriat, l’économie des soins, la justice climatique, l’équité en santé et la lutte contre la violence. Il promeut une approche fondée sur la ventilation des données par sexe, race, niveau de scolarité, âge et handicap, tout en reconnaissant la complexité des identités croisées. Le texte reconnaît également des vulnérabilités cumulées, notamment pour les femmes des zones rurales en matière d’inclusion numérique ou de formation dans les STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques), en mettant l’accent sur la réalité des femmes issues de communautés marginalisées. Il reste encore beaucoup à accomplir. En particulier, nous savons que les femmes autochtones, racisées ou noires font face à des obstacles structurels multiples qui doivent être reconnus si l’on entend atteindre une égalité réelle. »
Mme Wendy Cukier, co-présidente et fondatrice du Portail de connaissances pour les femmes en entrepreneuriat (PCFE), qui participe à la délégation du W20 depuis près de trois ans, a ajouté : « Le “code de financement pour les femmes entrepreneures” de la We-Fi change véritablement la donne. Inspiré du modèle britannique “Investing in Women Code”, cet engagement incite les prestataires de services financiers, les organismes de réglementation, les banques de développement et d’autres acteurs de l’écosystème financier à collaborer en vue d’accroître le financement accordé aux micro, petites et moyennes entreprises dirigées par des femmes dans le monde entier, afin qu’elles puissent croître et apporter de la valeur à l’économie et à leurs communautés. La transparence concernant les investissements en faveur des femmes en constitue l’un des piliers centraux. Lancé officiellement en octobre 2023 lors des assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI à Marrakech, le code de financement pour les femmes entrepreneures fait actuellement l’objet d’un projet pilote dans 26 pays à travers le monde. Ces engagements s’inscrivent en étroite cohérence avec les recommandations formulées par le PCFE dans son état des lieux de l’entrepreneuriat féminin, notamment l’obligation pour les institutions financières, les sociétés de capital-risque et les investisseurs providentiels de divulguer la proportion des fonds qu’ils allouent aux femmes.
Les participants au code s’engagent à agir sur les volets suivants :
- Leadership : désigner un membre de la haute direction chargé de promouvoir activement les efforts de l’organisme en faveur des entreprises dirigées par des femmes.
- Action : élargir les dispositifs existants et instaurer de nouvelles mesures concrètes visant à soutenir les femmes entrepreneures.
- Données : assurer un suivi rigoureux et produire un rapport annuel fondé sur un ensemble d’indicateurs communs relatifs au niveau de financement accordé aux micro, petites et moyennes entreprises dirigées par des femmes, ou soutenir les efforts de tiers en ce sens.
Depuis cinq ans, le PCFE insiste sur la nécessité d’une transparence accrue en matière de financement, rappelant que « ce qui se mesure s’accomplit ». Toutefois, les consultations révèlent que des obstacles réglementaires persistants empêchent encore de nombreuses institutions financières, et sociétés d’investissement et de capital-risque de divulguer les données démographiques de leur clientèle. Le PCFE espère que le nouvel élan insufflé à l’entrepreneuriat féminin par le G20 favorisera l’avènement d’un écosystème entrepreneurial équitable et inclusif au Canada.
À propos
Groupe des vingt (G20)
Le Groupe des vingt (G20) s’affirme comme l’instance prééminente de concertation consacrée à la coopération économique internationale. Il rassemble dix-neuf pays ainsi que deux unions régionales, représentant environ 85 p. 100 du PIB mondial, 75 p. 100 du commerce international et les deux tiers de la population de la planète. Les membres du G20 sontl’Afrique du Sud, l’Allemagne, l’Arabie saoudite, l’Argentine, l’Australie, le Brésil, le Canada, la Chine, la République de Corée, les États-Unis, la France, l’Inde, l’Indonésie, l’Italie, le Japon, le Mexique, le Royaume-Uni, la Russie, la Türkiye, l’Union européenne et l’Union africaine. Le G20 se réunit chaque année afin de coordonner les politiques économiques mondiales, de promouvoir la stabilité financière et d’aborder des défis communs tels que le changement climatique, le développement, le commerce, la santé et, plus récemment, l’égalité entre les sexes. Le Sommet des dirigeants donne lieu à l’adoption d’une Déclaration des dirigeants, qui énonce les engagements collectifs pris par l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement.
Women20 (W20)
Le Women20 (W20) est le groupe d’engagement officiel du G20 dont la mission est de faire progresser l’égalité entre les sexes et l’autonomisation économique des femmes. Établi en 2015 sous la présidence turque du G20 (et non en 2014), le W20 réunit des représentantes et des représentants de la société civile, du milieu universitaire, du monde des affaires et des organisations internationales afin d’élaborer des recommandations de politiques fondées sur des données probantes à l’intention des dirigeants du G20. Chaque année, le W20 négocie et publie un communiqué qui définit les mesures concrètes nécessaires pour accroître la participation économique, le leadership et le bien-être des femmes. Ces recommandations portent sur des domaines thématiques tels que l’entrepreneuriat des femmes, l’inclusion numérique, les STIM, l’économie des soins, l’équité en santé, la justice climatique ainsi que la lutte contre la violence faite aux femmes et aux filles.
Le Sommet du W20 de 2025, tenu en Afrique du Sud, a marqué le dixième anniversaire de l’existence du groupe. Il s’agissait de la toute première fois qu’un groupe d’engagement du G20 se réunissait sur le continent africain, témoignant d’un engagement mondial croissant en faveur d’un développement économique inclusif et du rôle des femmes africaines dans l’élaboration des politiques mondiales en matière de genre.
Initiative de financement en faveur des femmes entrepreneures (We-Fi)
L’Initiative de financement en faveur des femmes entrepreneures (We-Fi) repose sur un partenariat collaboratif regroupant 14 gouvernements, huit banques multilatérales de développement et d’autres acteurs des secteurs public et privé, sous l’égide du Groupe de la Banque mondiale.
Les contributeurs financiers fondateurs sont : l’Allemagne, l’Arabie saoudite, l’Australie, le Canada, la Chine, la République de Corée, le Danemark, les Émirats arabes unis, les États-Unis, la Fédération de Russie, le Japon, la Norvège, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. À ce jour, ces gouvernements ont engagé un total de 354 millions de dollars.