Alors que le gouvernement du Canada met en œuvre son initiative « Build Canada Better » et sa nouvelle stratégie industrielle, l’ampleur de la transformation est considérable. D’importants investissements dans les infrastructures, la diversification des échanges commerciaux, la résilience climatique, l’exploitation minière et la transformation numérique annoncent l’un des plus grands moments de construction nationale depuis des décennies. Mais comme le soutient la Dre Wendy Cukier, fondatrice et directrice académique du Portail de connaissances pour les femmes en entrepreneuriat (PCFE), une question cruciale demeure : qui le bâtira ?
Les entrepreneures jouent déjà un rôle central dans l’économie canadienne. Les femmes détiennent une participation majoritaire dans 20 % des entreprises canadiennes. Les PME à direction féminine génèrent plus de 90 milliards de dollars de revenus annuels et emploient près d’un million de personnes. Elles sont tout aussi susceptibles d’exporter que les hommes et affichent de meilleurs résultats sur des marchés autres que celui des États-Unis, comme le Royaume-Uni, l’Inde et le Brésil. Et au moment où nous cherchons des dirigeantes et dirigeants capables d’aider le Canada à réaliser son ambitieuse stratégie de construction nationale, bien que les entrepreneures et les entreprises appartenant à des femmes soient concentrées dans les secteurs des services, elles gagnent rapidement du terrain dans des secteurs traditionnellement dominés par les hommes, comme la construction et la fabrication. Depuis 2017, la présence des PME appartenant majoritairement à des femmes a doublé dans la construction et a augmenté de près des deux tiers dans la fabrication et les industries liées aux ressources.
Or, les possibilités ne garantissent pas l’inclusion. Dans le secteur des technologies propres, seulement 3 % des entreprises sont majoritairement détenues par des femmes, malgré le fait que des femmes dirigent 18 % des entreprises au stade de la R-D et génèrent un rendement du capital investi plus élevé. Sans stratégies délibérées, cibles mesurables et processus d’approvisionnement transparents, les entreprises détenues par des femmes risquent d’être mises à l’écart à mesure que les investissements à grande échelle s’accélèrent.
L’accès à la clientèle, et pas seulement au capital, est un véritable levier de transformation. Les PME détenues par des femmes ne dirigeront peut-être pas des mégaprojets de 3 milliards de dollars, mais elles peuvent et doivent être intégrées tout au long des chaînes d’approvisionnement, à titre de fournisseurs de premier et de deuxième rang.
Les entrepreneures adoptent largement les outils numériques, se démarquent dans les pratiques durables et sont des moteurs essentiels de la croissance des exportations — particulièrement les femmes immigrantes, que la Dre Cukier qualifie de « superpouvoir du Canada ». L’intégration de considérations liées au genre et à la diversité dans l’approvisionnement, l’innovation et le commerce est essentielle pour veiller à ce que la stratégie industrielle du Canada génère une croissance inclusive, résiliente et concurrentielle à l’échelle mondiale.